En ouvrant le dernier rapport Jon Peddie Research, j’ai cru à une erreur de lecture : AMD Radeon affiche désormais 8 % de parts du marché des cartes graphiques dédiées, contre 15 % il y a un an. Pour les vétérans qui se souviennent des frissons procurés par l’overclocking des Radeon HD 7970 ou des tests sous FurMark des Vega, c’est un choc. Mais derrière ce plongeon vertigineux se cachent plusieurs explications : ruptures de stock, scalpers, absence d’un vrai flagship et logistique inversement proportionnelle à la demande.
L’évolution est sans appel. Voici la répartition des parts de marché GPU dédiés selon Jon Peddie Research :
| Période | AMD Radeon | Nvidia | Intel Arc |
|---|---|---|---|
| T4 2023 | 24 % | 68 % | 8 % |
| T4 2024 | 15 % | 80 % | 5 % |
| T1 2025 | 8 % | 92 % | – |
En l’espace de douze mois, AMD a perdu plus de la moitié de ses utilisateurs, qui ont principalement migré vers la maison verte. Intel, quant à lui, a tout simplement disparu du segment desktop, signe de l’extrême difficulté à percer dans ce secteur ultra-compétitif.
En mars 2025, AMD promettait une nouvelle ère avec la Radeon RX 9070 XT : architecture RDNA 4 gravée en 5 nm, 16 Go de GDDR6 à 18 Gb/s, TDP de 245 W et un panel complet de sorties vidéo (2× DisplayPort 2.1, 2× HDMI 2.1). Des chiffres séduisants pour le QHD, avec un MSRP fixé à 599 $—un positionnement agressif face aux alternatives Nvidia.
Problème : impossible d’acheter la moindre carte à ce prix. Les stocks s’évaporaient en moins de deux minutes, réapparaissent ensuite sur les marketplaces à plus de 1 000 €, puis… plus rien. J’ai testé la procédure de trois alertes successives : alerte reçue, panier vidé en 25 s, suivi d’un message énigmatique « rupture de stock » au moment de la validation. Frustration garantie.
Une carte techniquement très réussie se transforme en mythe quand on ne peut pas l’avoir. C’est comme commander une pizza trois fromages et découvrir qu’il n’y a jamais eu de pâte.
Les scalpers ont flairé le bon coup : un GPU attractif, en production insuffisante. Bots ultra-optimisés, fragmentation des canaux de vente, quotas serrés pour les revendeurs officiels… Résultat, beaucoup de cartes finissent systématiquement sur des plateformes de revente à prix stratosphériques.
Comparée à Nvidia, qui s’appuie sur un réseau d’usines sous contrat extrêmement vaste, AMD souffre d’un manque de réactivité. La moindre rupture de stock se traduit immédiatement par une envolée des tarifs et, conséquemment, par une frustration accrue chez les joueurs, qui finissent par se tourner vers l’adversaire, prêts à payer plus pour être livrés.
Au-delà des volumes, Nvidia verrouille son écosystème logiciel. DLSS 3.x, ray tracing de plus en plus présent dans les blockbusters (Cyberpunk 2077, Starfield, Call of Duty), drivers certifiés studios et suites pour créateurs (Omniverse, Broadcast)… Tout contribue à instaurer un sentiment de fiabilité et d’exclusivité.
Pour un gamer en quête de simplicité, l’équation est claire : un peu plus cher pour une RTX 5090 disponible immédiatement, avec une prise en charge logicielle irréprochable. AMD mise sur le combo performance-prix, mais s’écroule dès qu’il s’agit d’assurer une disponibilité minimale.
Quand Intel a lancé ses Arc A-series en 2022, la promesse d’une troisième force GPU faisait vibrer les plus optimistes. Mais entre performances ray tracing en retrait et pilotes encore immatures, la marque a rapidement coupé les vivres aux gammes desktop. En 2025, aucune carte Intel Arc dédiée n’apparaît plus dans les rayons. Intel se recentre sur l’iGPU et l’IA, abandonnant le segment hardcore gaming.
Cette disparition démonte l’ampleur du défi : sans maîtrise complète de la chaîne R&D-logistique, pas de place pour un outsider.
À chaque nouvelle architecture puissante, les mineurs entrent en scène. RDNA ou Ampere, peu importe, dès que le hash rate grimpe, les cartes s’évaporent. La série 9000 n’a pas dérogé à la règle : un pic d’achats compulsifs côté mining a aggravé la pénurie pour les joueurs. Le constructeur n’a jamais trouvé le dosage entre volumes destinés au gaming et volumes réservés au crypto-minage.
AMD a su progresser : consommation électrique réduite, montée en fréquences, intégration de fonctionnalités comme le Smart Access Memory ou FidelityFX. Pourtant, à chaque nouvelle génération, un point noir refait surface—disponibilité aléatoire ou pilotes tardifs. Des lancements précipités, sans la garantie d’une expérience stable sur l’ensemble du catalogue de jeux majeurs.
Pour reconquérir du terrain, AMD dispose de quelques leviers :
Le consommateur est devant un dilemme simple : une carte Nvidia immédiatement disponible ou un modèle AMD hypothétique. Les intégrateurs de PC s’adaptent :
Les salles de marché des scalpers, elles, bourdonnent de bots prêts à rafler les derniers exemplaires, laissant les véritables passionnés sur le carreau. Conseiller une RX 9070 XT à un ami s’apparente aujourd’hui à proposer un billet de loto : « Bonne chance, tu en verras peut-être une un jour. »
Passer de 15 % à 8 % de parts de marché en douze mois est un signal d’alarme rouge. La RX 9070 XT avait tous les ingrédients pour devenir un best-seller QHD, mais le manque de disponibilité en a fait un mirage. Je termine chaque séance de testing internet par un marathon de rafraîchissements, espérant décrocher la carte miraculeuse. En attendant que mon panier en ligne ne se remplisse, je ne peux que conseiller à AMD de tirer les leçons de cette débâcle : sécuriser la production, créer un vrai flagship et reprendre la main sur la logistique. Sans ces mesures, la couleur rouge Radeon risque de se faire de plus en plus rare dans nos PC gaming.
Quant à moi, je retourne à mes alertes… et à mon café. Le prochain jackpot ? Un colis estampillé RX 9070 XT dans ma boîte aux lettres.
Accédez à des stratégies exclusives, des astuces cachées et des analyses pro que nous ne partageons pas publiquement.
Guide stratégique ultime Tech + Astuces pro hebdomadaires