
Je joue à Call of Duty depuis Modern Warfare 2 sur 360, j’ai traversé les années Black Ops, j’ai fait des nuits blanches sur Warzone, et aujourd’hui je grind encore Black Ops 6 – Saison 4 grâce au Game Pass. Quand Microsoft a enfin mis CoD Day-One dans l’abonnement après le rachat d’Activision, j’ai eu l’impression de vivre un moment historique : pour une fois, le marketing « Netflix du jeu vidéo » ressemblait à autre chose qu’à un slogan creux.
Et là, on commence à entendre partout que le prochain CoD – probablement un Modern Warfare 4 – pourrait ne pas sortir Day-One sur Game Pass. Jez Corden (Windows Central) parle d’un Xbox qui « réfléchit sérieusement » à retirer Call of Duty du Day-One, des insiders évoquent des nouveaux paliers « super premium », et au milieu de tout ça, la nouvelle patronne de la branche gaming de Microsoft, Asha Sharma, explique dans une note interne que « Game Pass est devenu trop cher pour les joueurs ».
Pour moi, ce n’est pas juste une histoire de calendrier de sortie. Si Xbox recule sur CoD Day-One après Black Ops 6 et 7, c’est le contrat de confiance Game Pass qui explose en plein vol. Et je dis ça en tant que joueur qui a littéralement réorganisé ses achats autour du service.
Je suis abonné Game Pass depuis la première année. Au début, c’était le paradis du backlog : je testais des jeux AA improbables, je faisais des runs de RPG que je n’aurais jamais payés plein pot. Puis les années ont passé, le prix est monté, et surtout, j’ai arrêté d’avoir le temps de tout tester. Comme beaucoup, j’ai commencé à faire le calcul froid : est-ce que je joue assez pour justifier l’abonnement ?
La réponse est devenue « oui » pour une seule raison : les gros AAA Day-One. Quand ils ont balancé Black Ops 6 dès le premier jour sur Game Pass, alors que je savais que je passerais des dizaines d’heures dessus, l’équation changeait. Le fameux « 70 € économisés » servait à justifier les 15, puis 17, puis 20 €, puis le passage à un Game Pass Ultimate qui flirtait avec les 30 $/mois aux US (et qui, chez nous, n’est clairement pas donné non plus).
En gros, mon raisonnement c’était :
… = ok, je ferme les yeux sur le prix. Si tu me retires Call of Duty de l’équation Day-One, c’est tout le château de cartes qui se casse la gueule.
Ce qui circule actuellement, ce n’est pas juste « CoD va disparaître de Game Pass ». Le scénario qui revient le plus, c’est :
Et tout ça arrive pile au moment où :
Je vais être clair : si Xbox pensait vraiment que le modèle « tous nos first-party Day-One sur Game Pass » était viable à long terme avec des jeux à la taille de CoD, on n’en serait pas à ce genre de rumeurs deux ans après le rachat d’Activision. On est en train d’assister, en direct, au moment où le fantasme du Netflix du jeu vidéo se cogne au mur des coûts réels.
Regardons le truc froidement. Call of Duty, c’est :
Quand tu bascules ce genre de mastodonte en Day-One sur un abonnement, tu fais un pari extrêmement risqué :

Le problème, c’est que Game Pass a déjà atteint un certain plafond. On le voit dans les signaux faibles : rythme des annonces, hausse de prix, communication qui glisse doucement de « jouez à tout, tout de suite » à « valeur à long terme », et maintenant ce fameux « trop cher » qui sort en interne.
Si, en plus, Call of Duty ne suffit pas à faire exploser le nombre de nouveaux abonnés, alors oui, dans les tableaux Excel de Microsoft, CoD devient un trou noir budgétaire dans le Game Pass. Et là, évidemment, la tentation est énorme :
Sur le plan business, je comprends la logique. Sur le plan joueur, c’est une trahison pure et simple du pitch de départ.
On connaît déjà le film. On l’a vu avec Netflix, Disney+, les offres mobiles : au début c’est simple, tout le monde comprend, le prix est attractif. Puis viennent les paliers :
Transposé à Game Pass, ça donnerait quoi ? Je vois très bien un futur délire du genre :
Et évidemment, c’est ce dernier palier qui deviendrait la norme pour tous ceux qui veulent juste jouer à Call of Duty chaque année comme avant. Sauf que maintenant, au lieu d’acheter ton jeu et basta, tu te retrouves pris au piège d’une mensualité qui grimpe et que tu n’oses plus annuler parce que ta bande joue en multi tous les soirs.
Je vois déjà l’argument qu’on va nous servir : « Mais c’est plus flexible, vous pouvez choisir votre niveau de valeur ». En réalité, c’est juste une manière polie de dire : « On va réserver ce que vous aimez vraiment aux offres les plus chères ». Et franchement, voir ce glissement arriver sur Call of Duty, le jeu le plus “grand public” du catalogue Xbox, c’est très mauvais signe pour la suite.

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Depuis Black Ops 6 – Saison 1, j’ai complètement calé mon rythme de jeu FPS sur le Game Pass. J’ai arrêté d’acheter les CoD en boîte. J’ai arrêté les précos absurdes avec trois skins et une arme « exclusive » que tout le monde oublie au bout de deux semaines. Je me disais : tant que CoD est dans l’abonnement Day-One, je suis tranquille, je l’installe, je joue la campagne, je vis sur le multi pendant quelques saisons, et si je décroche, ce n’est pas grave, je n’ai pas claqué 80 € pour rien.
Si demain, Modern Warfare 4 n’est pas Day-One sur Game Pass, mes options deviennent :
Et ce n’est pas que moi. Call of Duty est littéralement un jeu de rendez-vous social. Tu ne peux pas te pointer un an après en espérant que tout le monde soit encore sur le même titre, surtout si Activision continue son rythme annuel. En pratique, un CoD qui n’est plus Day-One sur Game Pass, c’est un CoD qui n’existe plus vraiment sur Game Pass pour ceux qui vivent la franchise en temps réel.
Donc non, ce n’est pas un détail cosmétique dans l’offre. C’est la différence entre « Game Pass remplace mes achats » et « Game Pass devient un bonus que je garde uniquement quand c’est en promo ou quand un gros solo me fait de l’œil ».
Je sais déjà ce que certains vont dire : « Mais mec, c’était évident que ce modèle n’était pas tenable, tu t’attendais à quoi ? » Oui, je sais que développer un CoD coûte une fortune. Oui, je sais que Microsoft n’est pas une ONG. Oui, je sais que le Day-One Game Pass était peut-être dès le départ une opération séduction plus qu’une stratégie éternelle.
Mais il y a un moment où il faut aussi pointer du doigt la manière dont Xbox a construit sa narration ces dernières années. Ils ont passé des conférences entières à marteler que :
Si, deux ans après avoir mis Black Ops 6 et 7 en vitrine Day-One, on commence déjà à reculer, à bricoler des paliers, à redéfinir ce que veut dire « premier jour », c’est qu’on nous a vendu un rêve sans avoir vraiment fait les calculs jusqu’au bout. Et là, désolé, mais c’est à Xbox d’assumer ses choix, pas à nous de payer deux fois le prix pour le même jeu.
Au-delà de Call of Duty et de Game Pass, ce qui me frappe dans cette bascule potentielle, c’est ce qu’elle révèle d’un mouvement plus large : le grand recentrage post-subscription-hype.

On a eu quelques années où tout le monde voulait son abonnement : Ubisoft+, EA Play, PS Plus refondu, etc. Les promesses étaient toujours les mêmes : payer moins, jouer plus, accès illimité, liberté totale. Aujourd’hui, la réalité remonte à la surface :
Si même Microsoft, avec ses moyens colossaux et son envie de tout miser sur le « service », commence à tiquer sur le coût du Day-One de CoD, on peut se douter de ce qui attend les autres. Des gros jeux garderont sans doute une fenêtre de vente classique avant de tomber dans les catalogues d’abonnements. Et quand ils tomberont dedans, ce sera peut-être sur des paliers plus chers, plus segmentés, plus frustrants.
En tant que joueur, moi, ça me pousse à revenir à une règle très simple : je ne base plus ma stratégie d’achat sur les promesses des abonnements. Je prends Game Pass quand il a du sens ici et maintenant (comme pour Black Ops 6 – Saison 4, où je profite à fond du multi sans avoir payé le jeu). Mais je ne lui fais plus confiance sur le long terme. Si demain je veux être sûr de jouer à Modern Warfare 4 au lancement, je sais déjà que je devrai me préparer à repasser par la case achat, abonnement ou pas.
Entre la hausse de prix, la fuite interne qui parle d’un Game Pass « trop cher », les rumeurs de retrait du Day-One pour Call of Duty et la perspective de nouveaux paliers, on sent que Xbox est en pleine crise d’identité. Soit ils assument jusqu’au bout d’être la plateforme-abonnement, quitte à accepter que certains jeux ne seront jamais rentables pris isolément. Soit ils reviennent à un modèle hybride plus classique, mais dans ce cas-là, il va falloir arrêter de nous vendre du rêve et parler franchement.
De mon côté, la conclusion est brutale mais simple : si CoD sort du Day-One Game Pass ou se retrouve enfermé derrière un palier « super premium » à prix délirant, je redescends d’un cran ma relation avec le service. Je passerai d’« abonné par défaut » à « abonné ponctuel ». Je paierai mes Call of Duty comme avant, en choisissant mes batailles, et Game Pass redeviendra un bonus facultatif, pas un pilier de ma vie de joueur.
Ce n’est pas à nous de rattraper, à coups d’abonnements toujours plus compliqués, les paris ratés de Microsoft sur la taille et la valeur de son écosystème. Si Xbox veut changer les règles du jeu au milieu de la partie, très bien. Mais qu’ils arrêtent alors de faire semblant que tout ça est encore « pour le joueur ».