
J’ai appuyé sur le bouton d’accueil à 23h30, jurant que je ne testerais que la cinématique d’ouverture avant d’aller dormir. À 2h45 du matin, je dégommais encore des tourelles sur Katina en mode Expert, le pad Switch 2 crispé dans les mains, le volume des dialogues monté pour entendre Slippy se faire ridiculiser par Falco. Ce n’est pas que Star Fox soit si long. C’est qu’il détient cette qualité obscure propre aux jeux d’arcade bien nés : la promesse idiote que la prochaine run sera la bonne, celle où vous décrocherez enfin la médaille d’or sans transformer Peppy en bouclier humain.
Mais cette nuit-là, entre deux tentatives sur la route difficile de Sector Y, un doute s’est installé. Pas un doute sur la qualité de ce que je vivais. Plutôt une question gênante : est-ce que j’avais vraiment besoin de dépenser le prix d’un jeu neuf en 2026 pour refaire exactement les mêmes gestes que sur ma Nintendo 64, juste avec des textures plus propres ?
Velan Studios a visiblement compris que la première impression serait décisive. La nouvelle séquence d’ouverture – ce prologue cinématique qui vous jette dans les Lylat Wars avant même de toucher au stick – m’a instantanément ramené à cette ambiance Star Wars made in Nintendo que je croyais disparue. Les dialogues sont désormais pleinement doublés, avec une présence scénaristique qui n’était que suggérée en 1997. Fox McCloud et son équipe occupent l’écran avec une autorité inédite. Les vaisseaux brillent, les explosions crachent des étincelles qui n’existaient pas dans le polygone brut de l’époque, et les arrière-plans planétaires respirent enfin. Même les sbires de l’Empereur Andross ont droit à un ravalement de façade qui les rend presque intimidants.
Franchement, quand l’Arwing a décollé pour la première fois sur Corneria, j’ai eu le sourire bête. Le moteur sonore cogne dans les basses de la télé, les lasers strident, et cette fameuse musique – ou plutôt sa réinterprétation — déclenche un reflexe pavlovien chez quiconque a connu l’original. Ça m’a fait penser à Super Mario Galaxy dans sa manière de moderniser une esthétique sans la trahir. Sauf qu’ici, on reste scotché aux rails, et cette modernité a des limites qu’on atteint plus vite qu’on ne le voudrait.
Sur le papier, les contrôles ont été modernisés, et on le sent immédiatement. Le stick analogique du Switch 2 fait des merveilles comparé au pad N64 de mes souvenirs. L’Arwing répond avec une nervosité inédite ; les virages serrés autour des gratte-ciel de Corneria ne dérapent plus dans le vide, les loopings et les tonneaux s’enchaînent sans cette latence spongieuse qui rendait le pilotage original aussi flottant qu’un bateau dans du sirop. Le HD Rumble entre en jeu à chaque impact de laser sur votre bouclier, créant cette tension physique qui manquait cruellement à l’expérience d’antan.
Le problème, c’est que ce pilotage précis sert une structure qui n’a pas bougé d’un pouce. Vous avancez sur un rail invisible, parfois vous pouvez bouger dans un couloir élargi, et c’est tout. C’est le contrat du genre, je sais. Mais après avoir goûté à des spatial shooters plus libres ces dernières années, je me suis surpris à cogner contre les parois de niveaux parfois étriqués, à chercher une évasion qui n’existe pas. Star Fox reste un rail shooter pur et dur. Velan Studios n’a pas tenté de réinventer la formule. Ils l’ont ajustée, polie, rendue plus confortable. Mais si vous espériez une liberté de mouvement à la Rogue Squadron ou même des sections ouvertes, oubliez.
Le cœur du jeu, ce sont ces missions en ramifications. Vous connaissez le principe : selon vos performances, selon les secrets que vous découvrez, vous empruntez des routes différentes à travers le système Lylat. Côtoyer Star Wolf sur Fichina ou dériver vers la zone hostile de Sector Z. C’était révolutionnaire en 1997. Aujourd’hui, cela demeure élégant, mais terriblement familier.
J’ai refait le tour complet en une soirée, médailles comprises. Une quarantaine de minutes, peut-être une heure si on prend le temps d’explorer les chemins alternatifs. C’est le rythme d’un bon jeu d’arcade, et il y a un mérite à ne pas s’étirer artificiellement. Sauf que quand on paie le prix d’un jeu complet en 2026, cette brièveté fait tiquer. Le mode Challenge tente de compenser en proposant des objectifs secondaires et des restrictions de score. C’est exigeant, parfois frustrant, et il m’a fallu trois heures pour décrocher l’or sur certaines missions. Mais au fond, ce sont les mêmes niveaux. Les mêmes patterns de boss. Les mêmes répliques de Falco qui vous traitent de nullard.
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Là où le remake gagne vraiment des points, c’est dans ses modes annexes. Le multijoueur en ligne, avec ses options 4v4 et ses modifiers, m’a fait passer des soirées surprenantes. Incarner l’équipe de Star Wolf face à des joueurs humains change la donne. Il y a une violence tactique à ces duels aériens qui manquait au solo. Je me souviens d’une partie sur une arène autour d’un champ d’astéroïdes où j’ai réussi à éliminer un adversaire en le poussant dans un rocher après une série de tonneaux. Ce genre de moment spontané, le solo ne l’offre pas.
Et le GameShare, cette possibilité de jouer avec un ami resté sur sa Switch première génération, fonctionne mieux que je ne l’aurais cru. J’ai lancé une session co-op avec un pote qui n’a pas encore upgradé sa console. Aucun lag notable, une synchronisation propre. On a traversé Corneria ensemble, lui en Peppy, moi en Fox. Il se faisait canarder, je l’escortais. C’était con, mais sincèrement chouette. Pourtant, le plafond arrive vite. Le manque de cartes multi se fait sentir après trois ou quatre soirées. On tourne en boucle sur les mêmes arènes, les mêmes configurations. C’est amusant, mais ça ne remplace pas une campagne plus épaisse.
Ce qui m’a le plus déstabilisé, c’est cette carte stellaire entre les missions. Vous savez, cette vue du système Lylat où vous choisissez votre prochaine destination. Elle est jolie. Mais elle fait un travail discret — trop discret — pour vous indiquer quels chemins secrets vous avez ouverts, quelles branches vous manquent. Je me suis retrouvé à refaire Corneria plusieurs fois de suite parce que je n’avais pas compris immédiatement que le passage vers Sector Y exigeait une condition précise que le jeu mentionne en passant. Ce n’est pas rédhibitoire, mais pour un remake censé moderniser l’expérience, cette friction inutile dans la progression fait tâche.
Et puis il y a ce sentiment global, diffus, que Star Fox sur Switch 2 n’ose jamais vraiment dépasser son modèle. Ce n’est pas une faute en soi — la fidélité a ses vertus. Mais quand on voit ce que Nintendo peut produire comme réinvention, on se dit que Velan Studios a peut-être eu trop de respect, ou pas assez de liberté, pour bousculer la formule. Les cinématiques sont neuves, les contrôles sont modernes, mais le squelette, lui, est resté figé dans le ciment de 1997. Pour un jeu qui arrive en 2026 sur une console neuve, ça fait léger.

Alors, est-ce que vous devez acheter ce Star Fox ? Ma réponse dépend de votre tiroir. Si vous êtes un joueur Switch 2 qui n’a jamais connu l’original sur N64, ni même la version 3DS, foncez. C’est probablement la meilleure porte d’entrée possible dans l’univers de Fox McCloud. Le rail shooter est un genre quasi éteint aujourd’hui, et vivre ces missions enchaînées avec cette présentation modernisée reste un plaisir rare et immédiat. C’est aussi un excellent jeu à faire découvrir à des enfants ou à des néophytes, tant son concept est digeste et son action percutante.
Si vous cherchez un shooter spatial avec des idées neuves, des mécaniques inédites ou une durée de vie conséquente, passez votre chemin. Ce n’est pas ici que vous trouverez votre bonheur. Et si vous êtes comme moi, un trentenaire qui garde sa cartouche N64 dans un tiroir du bureau, préparez-vous à un joli voyage nostalgique. Mais un voyage sans surprise au programme, où chaque virage est déjà gravé dans la mémoire musculaire.
Star Fox sur Switch 2 est un remake soigné, respectueux, parfois trop. Il brille par sa présentation et ses contrôles modernisés, mais il s’épuise vite par son absence de risque et son contenu famélique pour le prix demandé. Pour un jeu d’arcade vendu plein pot, ça fait juste. Note : 7/10.