
Je ne pensais pas retomber dans la spirale des consoles d’émulation. J’avais déjà un Steam Deck, un vieil Anbernic pour la GBA, un PC de salon gavé d’émulateurs… et puis l’AYN Thor est arrivée. Clamshell façon 3DS, double écran OLED 1080p 120 Hz, Snapdragon 8 Gen 2, entre 249 et 489 $ selon la config. Sur le papier, c’était soit le jouet ultime, soit un gadget de plus qui finirait dans un tiroir.
Après une bonne vingtaine d’heures dessus – dont des soirées entières à peaufiner les émulateurs et à farmer sur des jeux mobiles – je peux dire deux choses. Un : le Thor a clairement remplacé mon envie de racheter des vieilles consoles hors de prix. Deux : si tu n’aimes pas mettre les mains dans le cambouis logiciel, tu risques de la détester la première soirée.
Je viens de l’époque où une Game Boy jaunie d’occase se trouvait pour trois fois rien dans un Cash Express. Aujourd’hui, voir une 3DS d’occasion flirtant avec les 300 $ sur les sites de revente, ça pique. Et je ne parle même pas des vieilles machines type Saturn, GameCube ou Neo Geo…
Je lorgnais sur les collections officielles rétro, les reboots “HD”, mais soyons honnêtes : ça ne couvre qu’une minuscule partie de la bibliothèque de l’histoire du jeu vidéo, souvent au prix fort. Les portables Windows genre ROG Ally X m’ont tenté, mais entre le prix, la gestion de Windows sur un écran 7 pouces et l’autonomie en émulation, je n’étais pas convaincu.
Quand j’ai vu l’AYN Thor : Android (donc émulation + jeux mobiles + cloud), Snapdragon 8 Gen 2 (un SoC qui a déjà fait ses preuves sur les flagships), double écran OLED façon 3DS mais en 1920 × 1080, je me suis dit : “OK, si ça tient ses promesses, c’est mon couteau suisse de poche”.
Première impression en sortant la Thor de la boîte : ça ne sonne pas comme un gadget AliExpress bas de gamme. La charnière a un vrai point de résistance, les deux écrans restent bien en place, pas de jeu inquiétant au bout de quelques jours d’ouverture / fermeture frénétiques.
Le châssis est en plastique, oui, mais du plastique dense avec un léger grain qui évite l’effet “jouet Kinder”. Les gâchettes et boutons tombent bien sous les doigts, et surtout, rien ne grince quand on tord le boîtier. C’est triste à dire, mais c’est déjà mieux que certaines portables Windows pourtant bien plus chères.
Petite anecdote : les deux premiers jours, j’ai senti une légère odeur de plastique neuf assez présente en ouvrant la console – le fameux “off-gassing” dont parlent certains. Rien de dramatique, ça s’est estompé au bout d’une petite semaine, mais ça m’a rappelé qu’on est bien sur un produit qui sort d’usine, pas d’un Apple Store.
Niveau ergonomie pure, c’est globalement positif. Le format clamshell permet de la glisser dans un sac sans stresser pour les sticks ou l’écran, mais ça reste un peu plus large qu’une 3DS XL. Au bout d’une heure et demie sur un RPG PS2, j’ai commencé à sentir les poignets tirer un peu – on n’est pas sur une ergonomie de manette Xbox, mais c’est largement tolérable pour une machine double écran.
C’est le point qui m’a le plus marqué au début : le haut comme le bas, ce sont deux dalles OLED 6 pouces 1920 × 1080 en 120 Hz. Quand tu viens d’une 3DS avec sa résolution baveuse, c’est presque indécent.

Sur des jeux mobiles modernes, ça saute immédiatement aux yeux : noirs profonds, couleurs qui claquent sans virer fluo, latence quasi imperceptible. J’ai lancé Warframe Mobile en réglages élevés, et entre la fluidité et la profondeur des noirs dans les couloirs spatiaux, j’avais vraiment l’impression de jouer sur une mini-OLED de salon.
Pour la 3DS et la DS, c’est simple : c’est le meilleur rendu que j’ai eu à ce jour. Pouvoir afficher chaque écran sur un vrai panneau séparé, sans bidouiller des mises en page bizarres sur un écran 16:9, ça change tout. Kid Icarus: Uprising, par exemple, gagne une lisibilité incroyable : l’action en haut, l’interface en bas, chacun sur un OLED net, c’est du luxe.
Petit bonus inattendu : pour les séries et les vidéos, c’est aussi un régal. J’ai fini un épisode de série sur Netflix, posé dans le lit, console à moitié refermée façon “mini-TV d’hôtel”. Claire, fluide, contrastée, rien à redire.
Sur le papier, le Snapdragon 8 Gen 2 est un vieux routier des flagships Android, et dans la Thor, il est franchement à l’aise. Sur la partie “jeux mobiles natifs”, j’ai volontairement cherché à la faire souffrir.
Après 2 heures de session sur un jeu mobile gourmand, le dos de la console est tiède mais jamais brûlant. On sent que le refroidissement est dimensionné pour de longues sessions, pas juste pour des benchmarks de 5 minutes.
En résumé côté Android : si un jeu tourne bien sur un flagship mobile récent, il tournera bien sur le Thor. La différence, c’est que tu as des vrais sticks, une vraie croix directionnelle et des gâchettes, pas un écran tactile glissant.
Là où la Thor m’a vraiment bluffé, c’est sur l’émulation. J’ai installé une petite armée d’émulateurs et je les ai méthodiquement testés. Sur ma machine :

Je précise : tout ça ne se fait pas en un clic. Selon l’émulateur, il faut ajuster les backends graphiques, activer ou non certains hacks, jouer avec les résolutions internes. Une fois que j’ai pris une soirée entière pour tout peaufiner, j’ai pu ensuite lancer les jeux comme s’ils étaient natifs.
Pour le PC, via des solutions type Gamehub / Gamenative, c’est jouable, mais plus capricieux. Sur le modèle standard, certains jeux streamés ou virtualisés avaient des micro-saccades quand je montais trop les réglages. Si ton idée, c’est de faire tourner pas mal de trucs PC de cette façon, le modèle Pro, avec plus de RAM, me paraît presque obligatoire pour garder une expérience fluide.
Limitation notable : ne compte pas sur l’émulation Xbox. Entre la complexité de l’architecture et les limites actuelles des émulateurs sur Android, j’ai vite abandonné l’idée. La Thor brille sur tout ce qui est PlayStation, Nintendo, portables et machines 32/64 bits, mais pas sur la galaxie Xbox.
Là, la Thor va diviser. Quand tu l’allumes la première fois, ce que tu as… c’est grosso modo un Android “phone” vaguement customisé. Les applis de base, le Play Store si tu le configures, et c’est tout. Pas de front-end d’émulation prêt à l’emploi, pas de belle bibliothèque de jaquettes façon console virtuelle.
Personnellement, j’ai adoré. J’ai passé une soirée entière à :
Au bout de 3–4 heures, j’avais littéralement ma “console idéale” : j’allume, je tombe sur une interface propre avec PS1, PS2, 3DS, Switch, Android, Cloud, chaque section avec ses jaquettes et ses raccourcis vers l’émulateur adéquat. À partir de là, l’expérience devient magique.
Mais soyons clairs : si tu t’attends à une expérience plug and play façon Switch, tu vas te prendre un mur. Il faut être à l’aise avec des notions comme BIOS, formats de ROM, compressions, réglages d’émulateur, et accepter de suivre quelques tutos YouTube ou guides textuels. L’article de base le disait déjà : “un peu de tweaking et d’édition de fichiers internes” est nécessaire pour en tirer le meilleur.
La bonne nouvelle, c’est qu’une fois l’écosystème en place, ça ne bouge plus. Sur les deux dernières semaines, je n’ai quasiment pas retouché aux réglages, à part pour optimiser un ou deux jeux PS2 récalcitrants. 99 % du temps, j’ouvre, je sélectionne mon jeu, et ça roule.
Sur batterie, la Thor m’a surpris dans le bon sens. En gros, sur mon unité :
Ce n’est pas une journée complète de jeu non-stop, mais c’est largement suffisant pour les trajets, les soirées canapé et même un aller-retour en train. Le Snapdragon 8 Gen 2, couplé à un bon profil d’économie d’énergie quand on émule des consoles plus anciennes, reste plutôt sobre.

Côté chauffe, comme dit plus haut, on est plus sur “tiède constant” que sur “four portable”. Jamais de throttling violent dans mes tests, même en mode performance. Le ventilateur (ou le système de dissipation) reste discret ; dans une pièce silencieuse, on l’entend un peu, mais rien de comparable à certaines portables x86 qui se mettent à souffler comme des mini-PC portables.
J’utilise un Steam Deck depuis sa sortie, et j’ai testé quelques machines Windows type ROG Ally chez des amis. La conclusion que je tire après ces semaines avec la Thor, c’est que ce n’est pas du tout la même philosophie.
Pour le prix, c’est là que ça devient vraiment intéressant. Entre 249 et 489 $ selon la config, on est bien en dessous des portables Windows haut de gamme, tout en offrant une qualité de fabrication qui n’a franchement pas à rougir. Quand je compare ça au prix délirant d’une ludothèque rétro physique, la question se pose à peine.
À qui je la recommande, concrètement ?
Je la déconseille en revanche à ceux qui veulent une console “je déballe et je joue” façon Switch, ou à ceux qui visent surtout le AAA PC récent : là, un Deck ou une machine Windows fera plus sens.

Après plusieurs semaines avec l’AYN Thor, mon avis est assez tranché : c’est l’appareil portable le plus impressionnant que j’ai utilisé depuis longtemps, mais il ne pardonne pas la paresse. Le combo Snapdragon 8 Gen 2 + double OLED 1080p 120 Hz + excellente finition matérielle en fait un monstre d’émulation et de jeu mobile.
Les points forts qui m’ont vraiment scotché :
Et les défauts qu’il faut assumer :
Pour moi, le bilan reste clairement positif. À 249–489 $, le Thor est un moyen incroyablement rentable de se constituer un “musée jouable” du jeu vidéo, tout en profitant des jeux mobiles modernes dans des conditions confortables. Mais ce n’est pas une machine pour tout le monde.
Note finale : 9/10 pour ce qu’elle vise à faire : une portable d’émulation et de jeu mobile haut de gamme, à condition d’accepter la phase d’apprivoisement logicielle.
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