
La première fois que j’ai fini Xenoblade Chronicles 3, en 2022, j’ai posé la Switch, je suis resté quelques minutes à fixer l’écran noir et je me suis dit : « Bon, ça c’est un 18/20, facile. » J’avais aimé le système de combat, j’avais adoré l’open world, mais c’est une séquence très précise du chapitre 5 qui m’avait achevé émotionnellement.
Quatre ans plus tard, avec une Nintendo Switch en fin de vie, une Switch 2 dans toutes les conversations et un remaster de Xenoblade Chronicles X qui, lui, a déjà son patch nouvelle génération, j’ai eu envie de revenir sur Aionios. Pas juste pour « voir si ça a vieilli », mais pour vérifier un truc : est-ce que ce foutu chapitre 5 tient encore autant aux tripes ou est-ce que c’était le charme du moment ?
J’ai relancé une nouvelle partie, replongé une bonne vingtaine d’heures dedans, réappris les classes, les interlient, les chaînes, les Ouroboros… et, arrivé à ce fameux passage, j’ai compris que non, je ne m’étais pas emballé. C’est toujours l’une des séquences les plus marquantes du JRPG moderne. Le genre de truc dont on reparle entre initiés, comme on évoque encore aujourd’hui la mort d’Aerith dans Final Fantasy VII.
Pour resituer vite fait si vous êtes passé à côté : Xenoblade Chronicles 3 est un JRPG en monde ouvert exclusif à la Nintendo Switch, développé par Monolith Soft. On y explore Aionios, un monde coincé dans une guerre sans fin entre deux nations, Keves et Agnus. Les soldats ne sont pas vraiment « nés » : ils sont fabriqués, programmés pour se battre, et leur espérance de vie est limitée à dix petites années. Au bout, c’est la disparition pure et simple.
On suit Noah, Mio et leurs amis, deux groupes ennemis qui finissent par faire équipe après avoir obtenu un pouvoir mystérieux : la possibilité de s’imbriquer en Ouroboros, une fusion entre deux personnages qui donne naissance à une sorte de mécha organique ultra-puissant. Évidemment, tout ce beau monde devient aussitôt persona non grata, poursuivi par une organisation obscure, Moebius, qui tire les ficelles de cette guerre éternelle.
Le pitch a l’air très « gros shônen SF », mais ce qui m’a frappé dès 2022 et qui m’a encore frappé en 2026, c’est à quel point le jeu ne lâche jamais ses thèmes : le temps qui file, la peur de la mort, la façon dont on choisit de vivre quand on sait que tout est limité. Noah et Mio ne sont pas juste des avatars silencieux : ce sont des personnages hantés par leur rôle, par les morts qu’ils accompagnent au son de leurs flûtes. J’avais oublié à quel point le motif musical de la flûte revenait partout, dans l’OST, dans la mise en scène, jusque dans la façon dont les scènes de deuil sont filmées.
Sur le plan purement « jeu », Xenoblade Chronicles 3, c’est ce mélange typique de Monolith Soft : de gigantesques zones ouvertes avec des falaises improbables, des monstres dix niveaux au-dessus de vous qui rôdent juste à côté d’ennemis de base, des panoramas qui donnent envie de poser la manette pour regarder l’horizon… et des quêtes qui tombent de partout.
Replonger dedans en 2026 m’a rappelé deux choses :
Sur ma première run en 2022, j’avais passé un temps indécent à nettoyer chaque zone. Cette fois, je me suis forcé à jouer « en ligne droite plus tendue », justement pour voir si l’histoire tenait encore sans tout faire. Réponse : oui, largement. L’open world, les quêtes de colonies, les héros recrutables… tout ça nourrit le contexte et donne du relief à Aionios, mais le fil rouge fonctionne très bien même si vous n’êtes pas complétionniste maladif.
Et honnêtement, pour de la Switch de fin de génération, le level design impressionne toujours autant. Il y a eu des mondes ouverts plus jolis depuis, surtout sur les machines concurrentes, mais la façon dont Aionios s’imbrique, avec des chemins qui se croisent, des raccourcis qui se débloquent des dizaines d’heures plus tard, ça respire l’expérience accumulée sur les Xenoblade mais aussi sur Breath of the Wild, où Monolith a aussi apporté sa patte.

Je me souvenais que le système de combat était bon. J’avais un peu oublié à quel point il était riche à la limite du déraisonnable.
Sur le papier, c’est du temps réel avec cooldowns : vous contrôlez un personnage parmi les six de votre équipe, les autres sont gérés par l’IA. Vous positionnez vos attaquants dans le dos pour les bonus de dégâts, vos tanks en face pour tenir l’aggro, vos soigneurs un peu en retrait. Jusque-là, classique. Mais au bout de quelques heures, tout se superpose :
Au bout d’une dizaine d’heures pour cette reprise, je me suis retrouvé face à un monstre unique plusieurs niveaux au-dessus de moi. Trois tentatives, trois échecs. Au lieu de pester contre la difficulté, j’ai fini par m’asseoir, reconfigurer complètement mon équipe : je suis passé d’un setup double tank / double heal très safe à un truc beaucoup plus agressif, avec un seul tank, un support qui spamme les buffs et une synergie de classes centrée sur les combos Briser > Chute > Étourdir > Rafale. Le combat suivant, c’était une autre histoire. C’est ce moment où je me suis rappelé pourquoi ce système m’avait autant accroché en 2022.
Tout n’est pas parfait : l’interface en combat reste un joyeux foutoir, surtout en portable. Entre les icônes de classes, les portraits, les jauges d’Ouroboros, les timers de chaînes, on a parfois l’impression de jouer à un MMORPG sur un écran de 6 pouces. Sur ma TV, en mode docké, ça passe beaucoup mieux, mais j’ai encore eu quelques moments où je me suis demandé ce qui se passait vraiment sur le terrain.
Je vais être clair : je ne spoilerai pas. Ce serait criminel. Mais si vous traînez un peu dans les communautés JRPG, vous savez déjà que le chapitre 5 de Xenoblade Chronicles 3 est devenu culte. Revenir dessus en 2026, en sachant ce qui allait arriver, était presque plus violent que la première fois.
Jusqu’au début du chapitre 5, le jeu est un excellent JRPG : grande aventure, thématiques intéressantes, personnages attachants, combats profonds. À partir de là, il devient autre chose. La mise en scène se resserre, le rythme bascule : on quitte un temps les grandes plaines pour quelque chose de beaucoup plus contrôlé, presque oppressant. Le jeu se permet des choix de narration radicaux, des plans qui durent, des silences gênants, des visages détruits par la fatigue et la peur.

Ce qui m’a marqué, c’est la manière dont ce chapitre retourne tout ce que le système de jeu vous a appris. Sans rentrer dans les détails, certaines mécaniques que vous utilisiez presque machinalement depuis des dizaines d’heures sont remises en question. Le jeu vous force à regarder en face ce que vous étiez en train de faire, ce que signifiait réellement ce monde structuré autour de la guerre et de la consommation de vies.
La première fois, en 2022, j’avais ressenti ce gros coup de massue, un peu comme quand j’ai découvert, gamin, la scène d’Aerith dans FFVII. En 2026, en connaissant l’issue, j’ai surtout prêté attention à la construction : les petites phrases semées dès les chapitres 3 et 4, la manière dont l’OST se modifie discrètement, les animations des personnages qui trahissent leur épuisement. Et j’ai fini, encore une fois, les yeux humides devant l’écran, en me répétant : « Ok, c’est bien pour ça que ce jeu mérite son 18/20. »
Il y a d’autres très bons moments dans Xenoblade 3 – la fin, certains arcs de héros, le prologue du DLC Future Redeemed si vous poussez jusque-là – mais c’est vraiment ce chapitre 5 qui le fait entrer dans une autre catégorie. Sans lui, on parlerait d’un excellent JRPG. Avec lui, on parle d’un jeu qui marquera durablement tous ceux qui le traversent.
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Côté technique, je jouais sur une Switch classique dockée sur un écran 55 pouces, avec quelques sessions en portable. Rien de neuf sous le soleil : ça tourne globalement en 30 fps, avec quelques chutes dans les zones les plus chargées, mais rien qui m’ait gâché un combat important. Monolith Soft sait visiblement comment tirer le maximum de la petite console de Nintendo.
La vraie limite, c’est la définition dynamique : en portable, certains panoramas deviennent une bouillie de pixels, au point de me donner envie de reposer la console. En docké, ça passe beaucoup mieux, même si on reste loin de la finesse d’un remaster sur console plus récente. Quand on vient de lancer le remaster de Xenoblade Chronicles X sur Switch 2 avec son framerate plus fluide, le retour sur XC3 fait forcément un peu mal aux yeux.
Et c’est justement là que le bât blesse en 2026 : aucun patch Nintendo Switch 2 n’a été déployé, ni même annoncé pour Xenoblade Chronicles 3. Là où Xenoblade X a eu droit à son édition optimisée sur la nouvelle machine de Nintendo, Noah et Mio restent coincés sur un code pensé pour la Switch d’origine. C’est jouable, c’est même souvent très beau artistiquement, mais difficile de ne pas rêver à un mode 60 fps et une résolution plus propre pour les longues sessions de farm et d’exploration.
Heureusement, l’OST enterre la concurrence. Les compositions de Mitsuda et compagnie n’ont rien perdu de leur puissance. Les morceaux plus calmes à la flûte, les envolées orchestrales pendant les chain attacks, le thème de certaines colonies… C’est le genre de bande-son que j’écoute encore en dehors du jeu, et qui renforce énormément l’impact émotionnel de ce fameux chapitre 5.

En relançant Xenoblade Chronicles 3, je me suis rappelé à quel point Monolith Soft est devenu vital pour Nintendo. Oui, la série Xenoblade est la vitrine de leur savoir-faire, mais on sait aujourd’hui qu’ils ont aussi prêté main-forte à plein de gros projets maison : The Legend of Zelda: Breath of the Wild, sa suite, et, ces dernières années, d’autres productions majeures du constructeur.
Quand on erre dans Aionios, on sent clairement le studio qui a passé une décennie à peaufiner sa façon de construire des mondes ouverts. Les falaises improbables, les vallées cachées, les chemins qui bouclent sur eux-mêmes, les points de vue pensés pour qu’on s’arrête et qu’on contemple, tout ça transpire le même ADN que les plateaux d’Hyrule. Monolith a ce truc rare : réussir à faire paraître crédible un monde pourtant totalement farfelu dans sa géologie.
Du coup, difficile de ne pas se demander ce que le studio prépare pour la Switch 2. Si Xenoblade Chronicles 3 réussit déjà à proposer un open world aussi massif et aussi chargé de combat sur une simple Switch, leur prochain gros projet sur hardware moderne a de quoi faire saliver. Mais en attendant, XC3 reste, pour moi, leur pièce maîtresse sur la génération actuelle de consoles Nintendo.
Après ce retour en 2026, je le conseillerais sans trop hésiter à plusieurs profils :
En revanche, je préviens :

En 2022, j’avais mis un 18/20 à Xenoblade Chronicles 3 un peu sur l’adrénaline : je venais de vivre ce chapitre 5 en apnée, encore sonné par la façon dont le jeu avait tout retourné. En 2026, après une deuxième plongée plus réfléchie, je ne changerais absolument pas cette note. C’est toujours un 18/20, un bon gros 9/10.
Oui, la technique accuse son âge. Oui, le jeu aurait besoin d’un vrai patch Switch 2 pour respirer pleinement. Oui, certaines quêtes FedEx sentent le remplissage. Mais l’ensemble, la manière dont le gameplay, la narration et la musique se répondent, la façon dont ce chapitre 5 redéfinit tout ce qui précède, en font un JRPG que j’aurais du mal à ne pas recommander chaudement à tout amateur du genre.
Je joue aux JRPG depuis suffisamment longtemps pour avoir vu passer beaucoup de « moments cultes » autoproclamés. Celui de Xenoblade Chronicles 3, lui, a tenu l’épreuve du temps. Et rien que pour ça, Aionios mérite encore qu’on y retourne.