
Je l’avoue, je n’imaginais plus qu’un soulslike pût me surprendre. Et pourtant, Wuchang: Fallen Feathers est arrivé, balayant mes certitudes. Après plus de quarante heures à arpenter un sud de la Chine fin de dynastie Ming, ravagé par la peste et la guerre, je peux l’affirmer : Leenzee Games ne se contente pas de singer FromSoftware. Il livre une partition originale, parfois plus fluide, toujours exigeante, et profondément ancrée dans son contexte historique et fantastique.
Publié le 24 juillet 2025 sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series X|S, Wuchang: Fallen Feathers se pose clairement comme un action‑RPG inspiré des mécaniques « soulslike » (un sous‑genre caractérisé par une difficulté marquée, une gestion serrée de la stamina — l’énergie utilisée pour attaquer, esquiver et bloquer — et des morts sanctionnées). Vous incarnez Wuchang, une combattante marquée par une malédiction mystérieuse qui la lie à un royaume en décomposition. Le voyage vous mènera à travers temples en ruines, hameaux en quarantaine et cités fortifiées, avec une structure semi‑ouverte qui encourage l’exploration et la découverte.
Dès l’écran titre, l’atmosphère vous saisit : la dynastie Ming s’effrite, la peste ronge les campagnes et la peur structure la vie quotidienne. Les PNJ ne servent pas uniquement de distributeurs de quêtes ; beaucoup mènent une routine, réagissent à vos choix et enrichissent la toile narrative. Les dialogues, souvent brefs mais ciselés, et les carnets trouvés au fil du jeu donnent à l’ensemble une densité rare — il suffit d’un mot griffonné pour recomposer une intrigue locale ou déverrouiller un passage oublié.
Le level design est pensé pour surprendre. Shu (le territoire central du jeu) fonctionne comme un réseau de chemins alternatifs : ravins dissimulés, passages verticaux, portes à sens unique et raccourcis souvent bien cachés. Cette architecture crée des moments de satisfaction pure quand on débloque un raccourci qui relie deux lieux éloignés, et ces instants rappellent ce que le genre fait de mieux. Le bestiaire ne rivalise pas en quantité avec certains poids lourds du genre, mais il est conçu pour servir l’ambiance : guerriers corrompus, esprits folkloriques et bandits en embuscade forment des rencontres qui demandent attention et adaptation.
Le cœur du gameplay repose sur une gestion stricte de la stamina. Chaque attaque, chaque esquive ou garde a un coût, et l’équilibre entre agressivité et précaution est central. Les armes — hallebardes, doubles lames, bâtons — proposent des movesets distincts, avec des timings et des fenêtres d’invulnérabilité propres. Le jeu récompense l’observation des patterns ennemis et l’exécution soignée des parades et ripostes plutôt que le simple bourrinage.

Le système de progression est flexible : il permet d’expérimenter différents builds sans obligatoirement repartir de zéro. (Le terme « respec » désigne la possibilité de réaffecter ses points de caractéristiques ou compétences : ici, elle est suffisamment accessible pour tester plusieurs approches en cours de partie.) Cette liberté pousse à ajuster son style selon les rencontres, sans casser le rythme narratif.
Le jeu réinvente subtilement la notion de sanction à la mort. Plutôt que de se limiter à la récupération d’une ressource perdue au point de chute, Wuchang propose des conséquences qui influent durablement sur la manière d’aborder les combats et l’exploration : la prise de risque est mesurée, et la mort a un poids tactique. Sans entrer dans des détails chiffrés, cette approche ajoute une couche stratégique bienvenue et évite la simple course frénétique pour récupérer ce qui a été perdu.
Les combats de boss représentent les meilleurs moments du jeu. Ils combinent animations impressionnantes, phases distinctes et attaques qui forcent à repenser son positionnement. La plupart des affrontements sont justes — punitifs mais lisibles — et récompensent l’apprentissage des patterns. Quelques boss souffrent toutefois d’un mauvais équilibre entre portée d’attaque et caméra, ce qui peut provoquer des instants de frustration. Globalement, quand le design tient ses promesses, la satisfaction de la victoire est très forte.

Esthétiquement, Wuchang oscille entre beauté formelle et désolation. Les ruines Ming et les paysages ruraux sont rendus avec soin : textures détaillées, jeux de lumière qui renforcent l’atmosphère et compositions de plans qui tournent parfois au sublime. La bande‑son, mélangeant instruments traditionnels et nappes éthérées, soutient parfaitement l’immersion. Le sound design s’attarde sur les petits bruits (craquements, vent, gémissements lointains), ce qui amplifie la tension en exploration nocturne.
Sur ma configuration, j’ai rencontré des passages où le framerate chutait lors de scènes chargées ou de grands combats, ainsi que quelques micro‑saccades liées au streaming des assets dans les zones forestières. Ces désagréments n’empêchent pas de jouer, mais ils nuisent parfois à la lisibilité en combat. Espérons que des mises à jour optimiseront ces points : le potentiel graphique est là, il faut l’affiner.
Au chapitre des regrets : une répétition occasionnelle dans le bestiaire et une courbe d’apprentissage qui pourra déstabiliser les néophytes du genre. Quelques bugs de caméra et incidents mineurs en combat persistent aussi. Enfin, si le jeu mise sur la solitude narrative et l’ambiance, certains joueurs pourront regretter l’absence (ou le manque) d’options sociales/multijoueur pour varier l’expérience en fin de partie.

Wuchang s’adresse avant tout aux joueurs qui aiment les défis réfléchis et l’exploration récompensée. Si vous cherchez un soulslike punitif mais équitable, un level design tortueux et un lore historique teinté de fantastique, vous y trouverez de quoi vous satisfaire. Les explorateurs curieux et les amateurs de mise en scène sino‑fantastique seront particulièrement comblés.
Il serait tentant de comparer Wuchang à des références comme Elden Ring ou Sekiro : il partage certains codes (stamina, exploration, combats exigeants) mais choisit sa propre voie en privilégiant la narration fragmentée et une ambiance historique très marquée. Là où Elden Ring mise sur l’échelle et la liberté, Wuchang mise sur la densité et l’architecture level design fine.
Wuchang: Fallen Feathers coche la plupart des cases d’un soulslike moderne réussi : un combat exigeant, un monde dense et interconnecté, des builds flexibles et une approche originale de la pénalité liée à la mort. Les petits pépins de performance et la répétition de certains ennemis n’entachent pas la qualité globale. Plus qu’une simple copie, c’est une vision audacieuse qui redonne du sel à chaque affrontement.
Note finale : 8,5/10 – Une aventure à embrasser pour redécouvrir la formule soulslike.
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